Quelques mois plus tard, le grand-frère est vraiment devenu un grand-frère. Smila, 4 ans : « J"aime bien aller sur ses épaules, il peut même me porter jusqu"au plafond parce qu"il est très grand, il a bientôt 18 ans. Dans son pays en Norvège, il neige et il fait très froid, parfois il ne fait pas noir la nuit. J"aime bien quand Peter me lit une histoire, il est gentil. Je joue avec mes frères et aussi avec Peter : à cache-cache, au foot, au rugby… Parfois il me console, il me fait des câlins. Je serai triste quand il va dormir dans sa maison en Norvège, je préfèrerais qu"il reste ici, qu"il dorme encore beaucoup de jours dans notre maison. »
Peter fait vraiment partie de la famille : « Il est où, Peter ? Il est rentré, Peter ? » Les enfants s"inquiètent de son absence lorsqu"ils rentrent de l"école, filent le réveiller le week-end lorsque midi approche, font des partie de chatouille (qui généralement dégénèrent), lui « empruntent » son Iphone (colère de Peter), jouent avec lui sur son ordinateur, regardent les photos de Norvège, l"écoutent et le corrigent (« On dit UNE boussole, pas UN ! »), transforment le football en rugby, se serrent très fort dans la voiture… Ils ont 4, 6 et 8 ans : aucune rivalité entre Peter et les enfants, pas de jalousie. Ils font partie de deux mondes différents, deux mondes qui n"en forment qu"un.
Peter apporte une autre dimension à notre famille : un regard neuf, une vision parfois surprenante, des réponses aux questions plus scientifiques posées par les enfants, sa passion pour l"informatique… Et puis, sa présence nous permet aussi de nous positionner différemment, d"être confrontés à l"adolescence avec tout ce que ça représente (un petit avant-goût du futur)… On prend du recul, on aborde des sujets qu"on ne peut pas encore aborder avec nos 3 enfants, on lui apprend la Belgique et sa complexité, nos valeurs, on découvre la Norvège, et ses valeurs…
On nous demande souvent si ça ne nous gêne pas d"avoir une personne étrangère à la maison : mais il n"est plus une personne étrangère, il vit avec nous, est à table avec nous (ça fait vide quand il manque quelqu"un), débarrasse le lave-vaisselle (heu…), rend visite à la famille (pfff), part en vacances avec nous, sort avec nous (des sorties entre adultes !), se met aux joies du jardinage (hum, moins drôle)…
Pourquoi ça marche ? « Dis Peter, pourquoi t"es toujours sur ton ordi ? Dis Peter, pourquoi tu ne viens pas jouer dehors ? Dis Peter, c"est qui qui t"a téléphoné ? Dis Peter, tu joues à Uno avec moi ? » Les enfants ne tournent pas 7 fois leur langue dans leur bouche avant de parler, et leur spontanéité demande une réaction immédiate. Ils constatent les choses par eux-mêmes et expriment naturellement ce qu"ils ressentent, alors que nous faisons preuve de plus de retenue. Alors nous prenons exemple sur eux ! Autre ingrédient essentiel de la recette : l"humour ! L"humour ! L"humour ! Et puis, un peu de chance aussi, la chance que ça colle…
Carine, Pierre, Abel, Manoël et Smila Maes